About

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Vasile Gogea este absolvent al Facultăţii de Istorie-filosofie, secţia Filosofie a Universităţii Babeş-Bolyai din Cluj-Napoca (1979). Este autorul mai multor cărţi în care, în general, a scris cum s-a priceput mai bine, despre alţii şi despre ale altora. Despre el au scris, mai ales înainte de 1989, Securitatea română, în dosarul său de urmărire informativă D.U.I. 3357, Oşanu şi Oficiile pentru forţele de muncă  în Cartea de muncă iar după 1990, unii critici literari si istorici, în reviste literare, volume de critică, sinteze şi dicţionare precum şi în volume de istorie recentă. A fost elev la Liceul Militar Dimitrie Cantemir pînă după revolta din noiembrie 1969, a fost martorul Virgil  al Revoltei de la Braşov din 15 Noiembrie 1987, a fost Luptător în Revoluţia Română din Decembrie 1989. A fost:  pedagog la Şcoala de şoferi profesionişti, preparator de produse explozibile  (dinamită nobel), dispecer de producţie în industria de produse cosmetice, referent literar la teatru, instructor cultural-sportiv în cooperaţie, redactor şef de revistă şi editură, bibliotecar, profesor asociat la universitate, şomer fără indemnizaţie, mitingist şi grevist al foamei. A fost membru fondator al Alianţei Civice şi al Partidului Alianţei Civice, al Mişcarii 15 Noiembrie, al  Asociaţiei  Zariştilor Români şi al Asociaţiei  Scriitorilor Profesionişti din România, al Asociaţiei  Amicii Regelui Mihai, al Despărţămîntului Central ASTRA Braşov.  Acum, doar este.  De curînd, este şi redactor la revista românească de cultură ALTERNANŢE, care apare la München. Şi de aceea, vă vorbeşte. Puteţi să îl ascultaţi sau nu. Dar nu puteţi să-l faceţi să tacă! Puteţi, însă, să-l convingeţi să vă asculte.

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(L’Evenement du Jeudi, Nr. 269, du 28 decembre 1989 au 3 janvier 1990, Paris)

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( Portret realizat de Emilian Nicula, în 1992. )

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                               LETIŢIA ILEAVASILE GOGEA – LE DOUBLE ENGAGEMENT

Rezumat:  This paper is centered upon the ever-problematic issue of the writers` political engagement, with a particular accent on the engaged literary, journalistic and political activity of Vasile Gogea. After a brief introduction treating the particular aspects of political engagement over the centuries throughout Europe and especially in (post)communist Romania, the paper presents those paricular aspects which detach Gogea from the mass of the Romanian writers that have often given up all personal opinions in favour of those prreached by the political regime in power during their activity. A genuine model of moral verticality, he was the one to accurately relate the events of Brasov, on the 15th of November 1987, events that were nothing more than the prologue to the 1989 Romanian Revolution. During the post-decembrist period, Gogea preached the same model of engagement that he has always fully embraced, and which one could characterize as twofold: existential, which endangered his own life more than once, and literary, trough his own writings. The „cause” of vasile Gogea is, ultimately, individual liberty, doubled by the liberty of thought and that of action, all of these described, written upon and cherished, thanks to his never-tiring literary creation and publishing activity.

Le problème de l’engagement politique de l’écrivain se pose dès l’Antiquité. Même Platon et Aristote ont été des écrivains engagés politiquement. C’est de l’Antiquité d’ailleurs que nous avons hérité du concept de «zoon politikon», l’être politique. Chez nous, la tradition de l’écrivain engagé politiquement se confond avec l’histoire de la littérature, et on peut déjà citer dans ce sens les chroniqueurs de Moldavie et de Valachie. Cette implication de l’écrivain dans la vie de la cité va culminer avec l’oeuvre politique des écrivains de la génération de 1848 et de Mihai Eminescu. Au XX-ème siècle, il faut rappeler Caragiale ou les écrivains groupés autour de la revue « Criterion ». Avec l’avènement du communisme, nos écrivains seront soit des partisans du pouvoir, cas où l’engagement politique devient synonyme de l’absence de la colonne vertébrale et de l’amoralité, soit ils se situeront en opposition ouverte ou tacite envers le pouvoir, attitude qui leur attirera des conséquences des plus graves sur le plan existentiel ou littéraire. Dans la Roumanie d’après Décembre 1989, le problème de l’implication politique de l’écrivain s’est posé d’une manière impérieuse: beaucoup d’écrivains sont devenus des commentateurs politiques, plus ou moins doués, plus ou moins convaincus; certains sont devenus même des leaders politiques. Le revers de cette implication pour l’oeuvre proprement dite pourrait lui aussi faire l’objet d’une analyse – plusieurs écrivains contemporains ont avoué que pendant la période où ils s’étaient lancés dans la politique ils n’ont presque rien écrit, car cette activité les avait accaparés presque complètement. Mais il y a des écrivains qui se sont impliqués totalement, par leurs actes et par leurs paroles, au risque de la vie, au service des idéaux nobles, liberté, dignité, vérité. Nous allons parler d’un de ceux-ci, car nous considérons que son attitude, dans la période communiste et par la suite, peut représenter un modèle de verticalité morale.

Vasile Gogea, né en 1953, licencié de la Faculté de Philosophie de Cluj, est l’auteur de plusieurs recueils de prose, poésie, aphorismes, journal, récompensés de prix prestigieux. Il a une place de choix parmi les écrivains de la génération ’80; sa biographie, son activité littéraire et les appréciations critiques les plus importantes portées sur son œuvre sont très bien consignées dans le livre de Ion Bogdan Lefter. Écrivains roumains des années ’80-’90[1]. Mais au-delà de son œuvre littéraire, Vasile Gogea ne s’est pas contenté de se retirer derrière son bureau, dans sa tour d’ivoire, ni pendant les années de la dictature, ni après 1989. Il a été la victime de la persécution politique depuis qu’il était étudiant, et en 1987 il a participé à la révolte anticommuniste des ouvriers de Braşov. C’est à lui que l’on doit les premiers échos de celle-ci en Occident. Les journalistes français Michel Labro et Alexandra Lavastine étaient entrés clandestinement en Roumanie, avec des visas de touristes, et Vasile Gogea n’a pas hésité à leur présenter la vérité, tout ce qui s’était réellement passé à Braşov le 15 novembre 1987. Par la suite, les deux journalistes ont publié un article dans l’«Evénement de Jeudi» (nr. 167 de 1988) qui reconstitue l’atmosphère de la révolte anticommuniste de Braşov de 1987. En 1989, Vasile Gogea s’est impliqué l’arme à la main dans les événements de Décembre. De même, avec d’autres intellectuels, il a fait imprimer à Braşov les premiers journaux d’après le 21 Décembre, « La Liberté » et « La Gazette de Transylvanie ». Le politologue Vladimir Tismăneanu le caractérise de la manière suivante: « Vasile était pour moi le symbole vivant, palpable, de cet esprit inquiet, incommode, toujours vertical qui avait conduit à la première grande révolte du bloc de l’Est des années de la perestroïka. Je l’associais jusqu’à l’identification totale avec ce 15 Novembre 1987 où, à Braşov, de façon tout à fait miraculeuse, l’édifice totalitaire, fondé sur la suspicion et sur la peur, avait commencé à s’effondrer en Roumanie. »[2] L’engagement de Vasile Gogea a été toujours double: existentiel, qui a souvent mis en danger sa vie, et littéraire, par ses textes. Le volume Fragments sauvés (1975-1989) (Polirom, Iaşi, 1996) réunit des notations de journal de la période mentionnée, qui se constituent dans un témoignage bouleversant du drame d’un intellectuel de l’Est, qui souffre à cause du fait qu’il est obligé d’assister au génocide contre le peuple roumain, à l’écroulement de toutes les valeurs. En même temps, il se trouve dans l’impossibilité d’exprimer ouvertement ses convictions. Dans ces conditions, le fait même de consigner quotidiennement les événements devient une forme de résistance, et, implicitement, d’engagement, à valeur cathartique… « L’enjeu de ce livre, avoue Vasile Gogea, n’est pas ma „réalisation” en tant qu’écrivain, mais mon salut en tant qu’individu humain, en tant qu’être»[3]. Les fragments de Vasile Gogea, dans la descendance des grandes moralistes, se caractérisent par concision et par une certaine « urgence » de l’écriture, leur « enjeu » principal étant tout d’abord ontologique, de délivrance de son propre être, ce qui représente le premier pas vers une délivrance générale. En voilà quelques-uns: « Je n’ai plus rien à défendre excepté ma propre dignité. Combien de courage faut-il pour cela? [4] » « Ce n’est pas de psychologie ou de sociologie sociale que nous avons besoin, mais d’oncologie sociale. D’urgence, avant d’entrer en métastase. [5]  » « Je ne veux pas „gagner mon existence”. Je veux la justifier. [6] » « L’anachronisme total et tragique où est gelée aujourd’hui la Roumanie est la première forme d’agression, de toute son histoire, de ce pays contre l’Europe.[7] » Le récit des événements quotidiens de la vie de l’écrivain des années de la dictature, des événements politiques dramatiques et de la façon dont ils se répercutent dans la vie de l’individu font de ce journal le terrain d’un exercice de la liberté, de la résistance envers tout ce qui abaisse l’être humain et diminue son éclat. Selon les dictionnaires, être engagé signifie servir de façon consciente une cause. La «cause »  de Vasile Gogea, telle qu’elle ressort du recueil Fragments sauvés et de ceux qui lui ont suivi, semble être la liberté individuelle, de pensée et d’action, sans laquelle on ne peut pas concevoir la liberté au niveau de la nation et les valeurs démocratiques. En parlant de ce livre, le critique Gheorghe Grigurcu affirme: « Vasile Gogea accorde à la liberté un sens austère, expiatoire. Il la connecte à une mystique de l’opposition envers le régime concentrationnaire infernal.[8] »

L’écrivain n’a pas abandonné la lutté après Décembre 1989. Le recueil Exercices de tir au fusil en sureau (Piteşti, Paralela 45, 1988) réunit la majorité des articles politiques écrits par Vasile Gogea entre 1990-1996, publiés dans les principales revues culturelles et politiques de Roumanie des années respectives. D’opposition, évidemment, car l’écrivain engagé politiquement devrait, à notre avis, se situer toujours en opposition, mécontent des divers gouvernements, toujours perfectibles… à quoi bon des poupées mécaniques qui applaudissent, dans des journaux à grand tirage, de façon non différenciée, les initiatives des hommes politiques?

À la lecture des Exercices de tir au fusil en sureau, on peut reconstituer avec fidélité toute une époque de l’histoire de la Roumanie, les années ’90-’96. Les textes sont l’écho de la déception provoquée par l’évolution de la société roumaine pendant le gouvernement Iliescu; l’écrivain, qui, comme on l’a déjà vu, a effectivement lutté pour le « changement », avec l’arme et avec le stylo, sent, comme beaucoup de Roumains, que ses idéaux les plus précieux ont été trahis. Vasile Gogea s’exprime directement, sans ménagements: « Plus la misère et le désespoir envahissent la Roumanie, plus le nombre et le faste éhonté des „anniversaires” augmentent. Une armée de profiteurs du désastre nous assurent, à chaque fois, avec cynisme, qu’il vont dédier toute leur vie au progrès et à la prospérité de la nation. Le pillage organisé et le mensonge légiféré sont élevés au rang de vertus patriotiques./…/ Quelque part à Timişoara, à Bucarest, à Arad, à Sibiu, on entend à peine des voix, de plus en plus éteintes, de mères en deuil: POURQUOI NOS ENFANTS SONT-ILS MORTS? »[9] L’écrivain-journaliste rappelle aux contemporains les grands cataclysmes de l’histoire, dans le but d’en tirer des leçons pour le présent: « Il ne faut pas oublier! Mais surtout, il faut comprendre que l’Auschwitz est devenu le symbole de tous les crimes qui puissent être imaginés, dès que l’humanité devient malade politiquement. Et, dans cette perspective d’apocalypse, le meurtre d’un million d’hommes commence toujours par le meurtre d’un seul homme. C’est pour cela que la condamnation du meurtre doit commencer par la première victime. Par la condamnation de 1′ « auschwitz » d’à côté de nous, à chaque fois que son fantôme commence à sévir. Même si, parfois, /…/ la mémoire est incommode, soyons sûrs que l’oubli est criminel. [10] » Vasile Gogea considère que dans les moments de carrefour de l’histoire le rôle de l’écrivain, de l’intellectuel, doit être premièrement celui de citoyen, au service de la démocratie. Voilà ce qu’il écrivait en 1990: « Notre révolution n’est pas terminée. /…/Si je n’en étais pas convaincu, je me contenterais d’être seulement écrivain. Même „jeune écrivain”. Mais jusqu’à la certitude d’une évolution libre, démocratique, dans des conditions de justice sociale, je me considère un soldat de la révolution. Même avec le plus petit grade. [11] » Le journaliste ne se contente pas de constater et de critiquer des situations anormales, il offre, dans plusieurs de ses articles, des solutions. Par exemple, dans un article de 1990, il explique l’état général de mécontentement du pays par « le décalage entre le radicalisme initial du mouvement révolutionnaire anti-Ceauşescu et anticommuniste et le réformisme limité et indécis du Front du Salut National » et il propose une liste de problèmes que le Conseil du Front du Salut National aurait dû élucider très rapidement. Tous les articles de Vasile Gogea portent l’empreinte de l’écrivain, avec un talent de l’expression paradoxale, concise, doublé par l’ironie qui se transforme souvent en sarcasme. L’écrivain attaque les slogans de la langue de bois, il montre sans ménagement les vices de pensée des hommes politiques, de quelque côté qu’ils se trouvent, gardant en permanence sa rectitude et sa verticalité morale. Pour voir quelle est la récompense que la société contemporaine offre pour de telles attitudes, nous citerons de nouveau le politologue Vladimir Tismâneanu: « Dans un monde normal, Vasile Gogea aurait été parmi les figures de premier plan de la Roumanie post-totalitaire. Mais, dans une époque où l’imposture et l’indécence sont en honneur, dans une époque où les mystifications les plus pénibles sont présentées comme des biographies révolutionnaires immaculées, le nom de Vasile Gogea est entré, malheureusement, dans un cône d’ombre. Ce phénomène n’est pas spécifique à la Roumanie: on peut l’observer en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en Albanie et même en Russie, où les anciens dissidents sont aujourd’hui dénigrés, abandonnés, même frappés d’anathème./…/ La marginalisation des héros de jadis semble être une autre maladie de la transition qui attend son chroniqueur. [12]  » Ce n’est pas par hasard, peut-être, que le volume d’aphorismes de Vasile Gogea publié en 2004, très bien reçu par la critique littéraire, porte le titre Traité sur le vaincu. C’est peut-être la destinée de l’écrivain, du journaliste impliqué politiquement. Est-ce que l’activité au service de la démocratie se fait au détriment de l’oeuvre, sans apporter aucune récompense? Est-ce que les systèmes politiques sont de grands colosses sourds, que les prises de position des intellectuels responsables ne réussissent pas à ébranler? Ce sont des questions générales qui se posent à tout écrivain engagé politiquement, pour lesquelles il n’y a que des solutions individuelles. Peut-être la solution de Vasile Gogea se situe-t-elle du côté de l’idée, de l’affirmation à tout prix de sa liberté de pensée. En conclusion, nous citerons deux aphorismes de son dernier livre, dans la descendance des moralistes français: « Seul le vaincu est libre. Le vainqueur dépendra toujours du vaincu. [13] » « Nous sommes toujours égaux dans les défaites et inégaux dans les victoires. Le vaincu sera toujours un démocrate; le vainqueur, un despote, un tyran, un dictateur. »[14]


[1] Lefter, Bogdan Ion, Scriitori romani din anii ’80- ’90, Dicţionar bio-bibliografic, vol.II, G-O, Ed.

Paralela 45, Piteşti, 2001, p. 35-37.

[2] Tismăneanu, Vladimir, in Vasile Gogea, Fragmente salvate, Polirom, Iaşi, 1996, p. 5.

[3] Gogea, Vasile, Fragmente salvate, Polirom, Iaşi, 1996, p. 9

[4] Ibid., p. 65.

[5] Ibid., p. 32.

[6] Ibid., p. 15.

[7] Ibid., p. 78.

[8] Grigurcu, Gheorghe, in România literară, nR. 10, 1997.

[9] Gogea, Vasile, « Serbările neruşinării », în Exerciţii de tragere cu puşca de soc, Ed. Paralela 45.

Piteşti, 1998, p. 5-6.

[10] Idem, p. 28.

[11] Idem, p. 78.

12 Tismăneanu, Vladimir, in Vasile Gogea, Fragmente salvate, p. 7.

[13] Gogea, Vasile, Tratat despre înfrânt, Eikon, Cluj, 2004, p. 27.

[14] Ibid., p. 58.

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(În « Studia Universitatis Babeş-Bolyai », Ephemerides, 1/2006,  http://www.studia.ubbcluj.ro/arhiva/abstract.php?editie=EPHEMERIDES&nr=1&an=2006&id_art=700 )

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